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Le fest-noz, cœur battant de la culture bretonne

C'est le lieu où se vit et se transmet la culture bretonne. Expression de leur amour pour la fête, la musique et la danse, le fest-noz (« fête de nuit » en breton) participe fortement au sentiment d'appartenance des Bretons. Aux visiteurs, il offre une expérience authentique, une occasion joyeuse de s'immerger au cœur de la culture régionale.
Ces bals très populaires brassent les générations dans une ambiance chaleureuse, portée par la communion de la danse en groupe. Les débutants peuvent y apprendre les pas sur le tas, guidés par les initiés (même si, on préfère prévenir, il peut arriver de tomber sur des chevronnés un peu moins patients).
Avec ses rondes endiablées et ses musiques lancinantes, le fest-noz évoque un rituel ancestral de transe collective. C'est, en fait, une invention moderne : les tout premiers festoù-noz ont eu lieu au milieu des années 1950 à Poullaouen, en Centre-Bretagne, à l'initiative d'un certain Loeiz Ropars. L'enseignant, épris de culture bretonne, ambitionnait de faire revivre l'ambiance des fêtes de campagne qui clôturaient autrefois les moissons, récoltes et autres corvées agricoles collectives.
Le fest-noz croise ces anciennes réjouissances rurales avec le bal moderne : les chanteurs et les musiciens ne sont plus parmi les danseurs, mais sur scène et sonorisés. La participation n'est plus réservée à un cercle choisi : l'entrée, payante, est ouverte à tous et l'événement largement annoncé. Le succès est immédiat et le fest-noz se répand rapidement dans la région et parmi la diaspora, à l'heure du « revival » culturel breton de l'après-guerre. En 2012, il a même été inscrit par l'Unesco sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l'humanité.
C'est aujourd'hui le principal moyen de transmettre le répertoire de danses et de musiques traditionnelles, mais aussi le théâtre de son formidable renouvellement : le fest-noz sert de tremplin à la bouillonnante scène musicale bretonne. L'incontournable couple biniou-bombarde et l'ancestral kan ha diskan, ce fascinant chant tuilé, y ont toujours leur place. Mais on y danse aussi sur des airs teintés de punk-rock, jazz, musiques du monde, électro ou même hip-hop... La musique bretonne a su intégrer les instruments et les styles contemporains.
Chaque année, plus de 1 000 festoù-noz et festoù-deiz (la version diurne) sont organisés. Parmi les plus renommés, celui du festival Yaouank à Rennes réunit près de 10 000 danseurs en novembre, ce qui en fait le plus grand fest-noz de Bretagne. Au Festival de Cornouaille à Quimper en juillet, comme à l'Interceltique de Lorient ou à la Saint-Loup de Guingamp en août, vous pourrez suivre une initiation en journée, avant d'entrer dans la danse le soir. Il y a également le Freiz'noz de Plougastel début janvier, le Printemps de Châteauneuf à Châteauneuf-du-Faou, où l'on guinche jour et nuit le dimanche de Pâques, la Nuit de la gavotte à Poullaouen en septembre, Meliaj à Saint-Brieuc en juin ou encore le fest-noz de la Saint Sylvestre à Caudan.

Les emblèmes régionaux

Les Bretons affichent volontiers leur appartenance à travers plusieurs emblèmes régionaux. Aujourd'hui, le plus populaire est sans doute le drapeau Gwenn ha du (littéralement « blanc et noir »), brandi partout dans les festivals, les manifestations ou les matchs. Créé en 1923 par le militant autonomiste breton Morvan Marchal, il a perdu sa valeur revendicative pour devenir une marque d'attachement. Il se compose de quatre bandes blanches, pour les quatre pays historiques qui composent la Basse-Bretagne, et de cinq bandes noires, pour ceux de Haute-Bretagne. Dans le coin supérieur gauche se trouvent onze hermines noires, autre emblème régional adopté par les ducs de Bretagne au Moyen Âge.
Le triskel, antique symbole celtique, est formé de trois branches en spirale, qui représentent l'eau, la terre et le feu. Rendu populaire par le mouvement des Seiz Breur, au début du XXe siècle, il est aussi adopté par Alan Stivell et les artistes du revival culturel à partir des années 1970. On le retrouve dans l'art religieux, le mobilier rustique ou encore les bijoux.
La Bretagne a également son hymne, même s'il n'a rien d'officiel : le Bro gozh ma zadou (« Vieux pays de mes pères ») est une transposition de l'hymne national gallois. Il est de plus en plus diffusé lors des rencontres sportives, avant les matchs du Stade Rennais ou du Rugby club de Vannes par exemple. Il a fait l'objet de nombreuses reprises, de Tri Yann à Nolwenn Leroy en passant par Alan Stivell.
Au XXIe siècle, les symboles bretons sont aussi numériques : contraction de Breizh, le nom breton de la Bretagne, le hashtag #bzh est le signe de ralliement de la communauté bretonne sur les réseaux sociaux. Communauté qui, après avoir obtenu l'extension .bzh pour les noms de domaine, défend aujourd'hui la création d'un émoji Gwenn ha du.

Les pardons, expression de la foi bretonne

On en compte plus de 1 000 à travers la région. Les pardons, ces fêtes mêlant profane et sacré, sont restés très populaires en Bretagne, manifestations de sa religiosité et de son identité. Certains attirent des milliers de personnes, comme celui de Sainte-Anne-d'Auray, celui de Saint-Yves à Tréguier ou la Grande Troménie de Locronan, tous les six ans. Mais la plupart, organisés autour d'une de ces nombreuses chapelles qui émaillent les campagnes bretonnes, ont plutôt des airs de fêtes de village. Quelques-uns se distinguent par leur caractère pittoresque, comme le pardon au beurre de Spézet (29), le dernier du genre, lors duquel on confectionne une motte géante sculptée de décorations.
Destiné à l'origine, comme son nom l'indique, à racheter les fautes individuelles et collectives par une grande cérémonie expiatoire, ce rituel vieux de plusieurs siècles, superposé à des usages païens encore plus anciens, est devenu au fil du temps un rassemblement communautaire et festif. Chaque pardon est dédié à un saint, dont on vient chercher les faveurs. Et chacun a sa spécialité : saint Goustan protège les marins, saint Gildas les chevaux, saint Cornély les bêtes à cornes... D'autres saints locaux sont réputés pour leurs pouvoirs guérisseurs. Survivance du polythéisme pré-chrétien, les saints ont une place importante dans la foi bretonne.
Le pardon commence par une messe, suivie d'une procession vers une fontaine. Le cortège, réuni derrière la croix de procession, fait pavoiser les bannières à l'effigie du saint célébré et d'autres saints, mais aussi des statues, des ex-voto et des reliques, que l'on vient toucher ou embrasser. En chemin, les pèlerins, quelquefois revêtus de costumes traditionnels, entonnent des cantiques, parfois en breton, parfois accompagnés à la bombarde et au biniou. La déambulation, qui est circulaire dans les troménies, s'achève à la fontaine, où les participants reçoivent la bénédiction.
Un grand feu de joie (tantad) peut conclure le volet religieux, avant de laisser la place aux réjouissances profanes : repas, fest-noz, spectacles de danses et de musiques traditionnelles, kermesse, tombola, jeux, course cycliste, défilés de tracteurs, manèges, feux d'artifice... Chaque village choisit sa formule, affiche ses particularités.
Un peu délaissés pendant les Trente glorieuses, les pardons ont connu un regain d'affluence à partir des années 1980. De nouveaux ont même été créés, dédiés aux motards à Porcaro (56), aux surfeurs à Saint-Jean-Trolimon (29), aux camping-caristes à Malestroit (56)... Un signe de la vitalité de ce rituel.

Le breton et le gallo, langues vivantes menacées

La Bretagne linguistique se divise en deux : la Haute-Bretagne, à l'est, est le territoire du gallo, une langue romane proche du français. Tandis qu'à l'ouest, en Basse-Bretagne, règne le breton, cousin du gallois et de l'irlandais. Ces langues celtiques, parlées sur une bonne partie du continent jusqu'à l'Antiquité, n'ont cessé de reculer, pour finir par se réfugier dans ses confins occidentaux, sur les îles britanniques. Ce sont les Bretons insulaires qui, avec les émigrations massives vers l'Armorique aux Ve et VIe siècles, ont ramené leur idiome.
Parlé au IXe siècle sur toute la péninsule, le breton recule ensuite face au gallo et, chez les élites, au français. La frontière entre Bretagne bretonnante et gallèse fluctue au fil des siècles, avant de se stabiliser au XIXe siècle : elle serpente de l'ouest briochin à l'est de Vannes, avec des îlots francophones dans les ports militaires de Brest et de Lorient.
Ce même XIXe siècle malmène durement les langues régionales, bannies de l'école. Il faudra attendre la timide loi Deixonne de 1951, qui autorise l'enseignement (facultatif) des langues régionales, pour assister à un début de décrispation des autorités. Mais l'après-guerre voit aussi l'usage du breton et du gallo se perdre, marginalisés par la modernisation. En parallèle se dessine un mouvement de reconquête et les productions en langues bretonne et gallèse se multiplient : livres, chroniques de journaux, émissions radio ou télé, pièces de théâtre, chansons... Les langues, largement orales, éparpillées en plusieurs dialectes, sont codifiées, leur enseignement se développe. En 1977 ouvre la première école Diwan, où la classe se fait entièrement en breton, sur le modèle immersif québécois. Aujourd'hui, le réseau Diwan compte 47 écoles primaires, six collèges et deux lycées, qui scolarisent quelque 4 000 élèves. S'y ajoutent les filières bilingues de l'enseignement public et privé catholique, soit quelque 19 000 élèves au total. Des effectifs en constante augmentation ces dernières années. Quant à la signalétique routière, après des années de barbouillage nocturne des panneaux, elle s’est elle aussi convertie avec bonheur au bilinguisme.
Reconnus officiellement langues de Bretagne en 2004, au côté du français, le breton et le gallo sont désormais soutenus. Leur situation n'en est pas moins préoccupante : ils sont tous deux considérés en danger sévère par l'Unesco, comptant quelque 200 000 locuteurs chacun. Pour le breton, 79 % ont plus de 60 ans, 56 % pour le gallo.